FABRIQUE [fabrik]. n.f. (XIVème, "construction"; de fabriquer, lat. (fabrica). - 1° Vx. Manière dont une chose est fabriquée. V. Fabrication, façon. - 2° (1679) Etablissement de moyenne importance ou peu mécanisé ayant pour objet la transformation de matières premières ou de produits semi-finis en produits manufacturés. - 3° (Fabrice, 1374, lat. Fabrica). Vx. Construction d'un édifice.

                                                                                   Le Petit-Robert.

Dans sa première acception, le terme de FABRIQUE qui, depuis 1998, nomme l'atelier d'architecture de Michel Dupuy de Cazères et Isabelle Defos du Rau, désigne la "manière dont une chose est fabriquée", en d'autres termes : un processus de projet.

Michel Dupuy de Cazères et Isabelle Defos du Rau travaillent ensemble, mais seuls, sans même une secrétaire. Le mode d'exercice révèle la démarche. La FABRIQUE évoque l'amour du travail bien fait, celui d'une pratique "peu mécanisée" presque artisanale où, à chaque instant, le maître d'oeuvre contrôle le processus de fabrication de l'objet architectural. La taille de la FABRIQUE n'est pas la conséquence d'un manque de commandes - leur importante production en témoigne -, mais le résultat d'un choix, celui de la complicité intellectuelle et artistique entre deux architectes.

Une telle complicité est rare dans une profession qui privilégie plutôt la démarche individuelle. Michel Dupuy de Cazères et Isabelle Defos du Rau ne se répartissent pas les commandes, ni même les tâches dans une stérile dichotomie du travail. En revanche, ils partagent la même vision de l'architecture et du rôle de l'architecte, parlent peu, mais se comprennent vite et bien. L'association n'est pas que convenance, économique ou financière ; leur complicité est le gage de leur efficacité. Agrandir FABRIQUE serait prendre le risque de perdre cette connivence qui est le ferment de son identité.

La FABRIQUE suppose encore une temporalité à laquelle les deux architectes tiennent beaucoup. Donner du temps au projet est la condition de la réussite de l'oeuvre, qu'ils résument dans cette injonction : "ne jamais être charrette". Dans le glossaire des architectes, cette expression signifie finir un projet dans la passion et dans l'épuisement de nuits blanches, à l'extrême limite de la lucidité et des délais impartis. Au delà du folklore, la permanence du mythe de la charrette traduit hélas souvent une inadaptation de la profession aux conditions contemporaines de la production architecturale. Refuser de finir " en charrette", suppose en amont de maîtriser le temps du projet, dans toutes ses phases et ses dimensions. Ainsi la FABRIQUE n'est pas un lieu d'une pratique désuète, mais celle d'une approche responsable de la profession. Un projet bien pensé, posément et dans ses moindres implications, est l'assurance d'un chantier serein et d'un bâtiment durable.

Enfin, Michel Dupuy de Cazères et Isabelle Defos du Rau ne conçoivent pas leur métier d'architecte hors d'une écoute attentive et respectueuse du maître d'ouvrage : le client. Ecouter, mais également accompagner et parfois aider, ou former dans sa démarche le maître d'ouvrage dont la commande est parfois unique, mais toujours précieuse.

Gilles Ragot, octobre 2008