« Mais n’oublions pas que soudain, à contourner le Temple avec ses multiples terrasses, n’oublions pas que le Bois a son rôle souterrain, invisible, Atlantique : celui de soutenir, en porte à faux, souvent tout le poids du temple, des fidèles et du dieu qui s’accrochent au versant de la colline ; et que telle esplanade, qu’on croyait posée à deux pieds du sol minéral, se tient en l’air de toute la pente qui fuit sous elle, et qu’elle rejoint dans un gouffre vertigineux par un énorme charpentage, forêt massive et quadrangulaire qu’on découvre tout d’un coup, lorsque, déjà loin et plus bas que le Temple, on se détourne afin de l’admirer encore. » Victor SEGALEN, dans « Briques et tuiles ». Sur le bateau entre Nagasaki et Kyoto en février 1910.

« LE CULTE DU BOIS », tout est dit. Il existe bien un Univers du bois. Tout à la fois, précieux et banal, naturel et soumis à des processus industriels de conditionnement, ancestral et contemporain, fragile et capable de prouesses techniques, le bois existe dans ces contraires. Matériau local, inscrit dans notre mémoire, dans notre passé, il est indispensable à notre présent.

Nous cherchons à l’employer dans sa juste acceptation en faisant le choix d’un usage approprié. Il est un matériau environnemental à ce prix. Son utilisation renvoie à la forêt, à la filière d’exploitation et de production. On ne peut l’utiliser à contre-emploi. Son origine naturelle, feuillu ou résineux, bois exotique ou de pays, aubier ou bois de cœur, conditionne très fortement l’utilisation qui en est faite. Le bois vieillit naturellement, grise, noircit, devient argenté. Il change à l’épreuve du temps..

Le bâtiment en bois prend la mesure de la durée, il s’y soumet. Il est victime de maladies, d’altérations, des animaux xylophages, de l’humidité. Il redoute le contact de la terre, est capable de franchir de grandes portées avec légèreté, c’est un matériau aérien.

Il existe un ordre naturel du bois ou la colonne rêve qu’elle est encore un arbre. C’est un matériau de construction autonome, de structure et d’enveloppe (perspirante, continue, composite, isolante et nécessairement complexe), bardage, ossature, poutre, poteau, panneaux, à lui seul un système constructif complet. Mais aussi, un matériau d’enveloppe légère sans inertie qui cherche son complément, le lourd, le massif. Un matériau qui appelle la mixité.

Nous appelons une architecture du bois qui ne privilégie pas un mode constructif plutôt qu’un autre, qui n’exclut pas les autres matériaux, le béton, la brique ou l’acier. Utilisés eux aussi selon un ordre naturel car tous les matériaux sont assortis de principes agissant : le mur poids, la brique empilée, Le tirant en acier, La poutre au vent, le voile travaillant… Un plaidoyer pour la mixité !

« C’est un ordre composite dans lequel la brique et le béton agissent ensemble » Louis KHAN, dans « Silence et lumière ». Allocution du 5 avril 1966.
Et avec eux, le bois …